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Franco Zeffirelli |
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- Opéra - |
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Mais, outre sa direction d'acteur, toujours subtile, précise, sans sacrifier la spontanéité, à l'écoute de la musique c'est aussi, bien sûr, par la somptuosité de ses décors que Zeffirelli s'est taillé une solide réputation dans le monde de l'opéra... Mais là encore, dans bien des cas, quelques exemples piochés ici ou là ont servi à faire une généralité. Parce que Zeffirelli a monté à plusieurs reprise La Traviata, on a voulu faire de l'esthétique des décors une règle, chez Zeffirelli; alors que si l'on examine les choses d'un peu plus près et plus en détail, on a vite fait de se rendre compte que le style des innombrables décors qu'il réalisa au cours de sa carrière est avant tout fonction de l'œuvre et, par conséquent, d'une extrême diversité. Il suffit de comparer les décors de Paillasse à ceux de Turandot. |
Dessin de Zeffirelli pour un des costumes de Paillasse |
Un Bal Masqué, Acte I, scène 1, 1972 à la Scala de Milan - mise en scène: Franco Zeffirelli, décor: Renzo Morgiardino |
Turandot, mise en scène et décor de F. Zeffirelli, 1983 à la Scala de Milan |
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En fait, Franco Zeffirelli se rattache à une longue chaîne de metteurs en scène et de décorateurs qui remonte peut-être à Schinkel (qui dessina les décors de La Flûte Enchantée à sa création), traversa tout le XIXème siècle pour aboutir à des scénographes comme Luchino Visconti, Ludwig Sievert, Otto Schenk et Günther Schneider-Siemsen, voire Jean-Pierre Ponnelle ou Peter Hall, ainsi que quelques autres..., pour lesquels le spectacle, l'émotion, la beauté esthétique du cadre, la cohérence historique et artistique de la production prime sur l'interprétation sociale, idéologique, voire politique des oeuvres. «Je me suis toujours efforcé de transposer sur la scène l'ampleur, la grandeur et la fascination du grand écran. C'est pour cette raison que l'on m'apprécie, surtout dans des spectacle "hollywoodiens" du genre de Turandot ou bien encore dans des mélodrames comme Tosca. Je m'efforce d'offrir au public une interprétation simple et claire des oeuvres susceptible d'être présentée de manière spectaculaire.» Interprétation simple, mais loin d'être simpliste. Par le recours à des décors et des costumes élaborés avec le plus grand soin, par des attitudes et des gestes soigneusement répétés, par des éclairages minutieusement travaillés, Zeffirelli suggère toujours une certaine vision des personnages et de l'action, sans l'imposer à quiconque; car on peut, certes, se laisser porter par le spectacle et l'émotion, sans chercher à aller plus loin... Pourquoi pas? |
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Aïda, mise en scène et décor de F. Zeffirelli, 2001, Tokyo |
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Pourquoi faudrait-il, pour reprendre les termes employés par un critique (Barry Millington) que les productions lyriques qui ne privilégient pas l'intellectualisme plus ou moins mâtiné de politique soient considérées comme des «cartes postales» appréciées par «ceux qui considèrent les théâtres d'opéra comme un refuge contre l'activité cérébrale»? - La question étant d'ailleurs : Au nom de quoi les théâtres d'opéra devraient-ils être forcément un lieu «d'activité cérébrale»? En outre, il y aurait lieu de se demander également, ici, de quel droit les metteurs en scène nous imposent-ils leur «activité cérébrale»? Celle-ci relève de la liberté de chacun, et c'est avant tout à l'œuvre en elle-même de nous l'inspirer, pas au metteur en scène. Chaque spectateur doit pouvoir demeurer libre d'aborder, de comprendre, d'analyser l'œuvre qui lui est présentée sur scène à sa guise. Assister à la représentation de Tosca, Turandot, La Traviata... dans une mise en scène de Franco Zeffirelli, c'est toujours avoir la latitude de comprendre l'œuvre selon ce que l'on veut y voir; parce que ce à quoi nous assistons alors, c'est à une oeuvre de Verdi ou de Puccini, non à une oeuvre d'après Verdi ou Puccini. En réalité, si une certaine frange de la critique s'évertue avec tant de hargne à dévaloriser les productions lyriques de Zeffirelli, il serait sans doute légitime de se demander si ce n'est pas précisément en raison de la marge énorme de liberté, qu'elle laisse à chacun, de comprendre l'œuvre comme chacun l'entend. Les «interprétations scéniques» de Peter Sellar, Patrice Chéreau et autre Harry Kupfer, par le fait même qu'elles imposent au public la seule interprétation de l'œuvre du metteur en scène lui-même sont en un sens très confortables... Plus besoin de réfléchir par soi-même; la «réflexion» nous est livrée... sur un plateau. Ça facilite grandement le travail de la critique, non? © Philippe Hemsen
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